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Lot 3 - MAÎTRE DE RONCAIETTE (connu à Padoue, vers 1420) - Vierge d’humilité avec [...]

Estimation : 5 000 € / 8 000 €

MAÎTRE DE RONCAIETTE (connu à Padoue, vers 1420)
Vierge d’humilité avec l’Enfant Jésus
Fond d’or, panneau de peuplier, une planche, non parqueté.
Plusieurs petits manques sur l’auréole et le manteau, soulèvements, restaurations anciennes.
49 x 36 cm

Nous sommes ici en présence d’une image de la Vierge dite « d’Humilité » assise à même le sol dans un jardin fermé, tout à la fois symbole de modestie, de servitude et de virginité de la Mère du Christ. Ce thème prôné par saint Bernard de Clairvaux a vu l’une de ses toutes premières représentations au fronton de l’église Notre-Dame-des-Doms peinte à fresque par le siennois Simone Martini vers 1340, et s’est répandu rapidement en Italie pour gagner ensuite la peinture de l’Europe entière. Dans les cités médiévales, les diverses couches de la population, les riches propriétaires, les marchands, les artistes, les artisans et les compagnies religieuses ont souvent choisi ce thème pour rendre leurs dévotions à la Vierge dans l’intimité de leurs chapelles ou leurs oratoires privés.

Il en va ainsi de cette petite Madone, destinée à l’usage domestique d’un particulier et qui s’insère dans une production tardo gothique de ce type d’objets au moment où fleurit en Italie le mouvement pictural du « gothique international ». Que ce soit pour illustrer des thèmes religieux ou courtois, les artistes utilisent alors un style fluide, mené par une ligne mouvante enveloppant les corps souples des personnages de drapés ondulants rehaussés d’un coloris chatoyant et d’effets rutilants de l’or. La Vierge et les saints ne sont plus les idoles hiératiques inatteignables mais des êtres divins proches des humains. Cette Madone tenant l’Enfant dans ses bras est assise par terre dans un jardin et se détache sur le fond d’or irisé de rayons gravés la glorifiant ; elle est vêtue d’une robe rouge carmin recouverte d’un ample manteau bleu sombre orné de motifs ornementaux dorés enveloppant son corps en de multiples méandres. L’enfant porte une simple tunique blanche et un manteau rouge vermillon et tient une grenade dans sa main droite ; le regard sérieux, prémonitoire de sa fin tragique, il tente d’attirer l’attention de sa Mère en retenant le bord de son manteau de son autre main.

On replacera la création de cette œuvre au début du XVe siècle dans le milieu de tradition vénitienne où ce type de tableau fit florès à la suite du séjour de Gentile da Fabriano à Venise en 1408. Mais c’est à Padoue plus particulièrement qu’elle dut voir le jour réalisée par le Maître de Roncaiette. Ce maître anonyme doit son nom de convention à un pentaptyque situé dans l’église de Roncaiette (Ponte di San Nicolo près de Padoue) présentant la Vierge et l’Enfant en trône entre quatre saints (dont saint Fidenzio vénéré dans la région) que R. Longhi a publié en premier en lui adjoignant une Allégorie de la Crucifixion (Venise Musée Correr).

Le catalogue des œuvres de cet artiste, travaillant à Padoue en 1420 comme l’indique la miniature ornant les Statuts de l’ordre des Notaires de cette cité qu’il réalise à cette date a été largement amplifié par S. Padovani et plus justement apprécié par M. Lucco.

Parmi les œuvres attribuées à ce maître nous retiendrons les Madone à L’Enfant du polyptyque de Roncaiette, sans doute la plus ancienne, celle peinte à fresque dans l’église San Clemente de Padoue, publiée par M. Lucco et celle conservée au Museo Civico de Padoue (n. 1151). La confrontation entre ces œuvres montre indéniablement les similitudes de main, tant par la présentation des personnages, leurs expressions aux regards graves et intériorisés ; malgré l’état actuel de l’œuvre, les rapprochements sont particulièrement frappants avec la Madone du musée de Padoue où l’on retrouve la vierge en position d’Humilité, vêtue du même manteau broché d’or à la ligne virevoltante, la même typologie de l’enfant dont l’attitude et la manière de draper son vêtement sont identiques.
R. Longhi, « Calepino veneziano, Il Maestro di Roncaiette » in Arte Veneta, 1947, Avril-Juin, n. 2S.
Padovani, « Materiale per la storia della pittura ferrarese nel primo Quattrocento » in Antichità Vivà,1974, n. 5, p. 3-21.
M. Lucco, « Di un affrescho padovano del « Maestro di Roncaiette » in Arte Veneta, XXXI, 1977, p.172-175F.
Pellegrini in « Da Giotto al Tardo Gotico » exposition, Padoue, Musei Civici, 29 Juin-Décembre 1989, n. 72, p. 94.

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